Impressions Contemporaines

Toutes réflexions faites….

       
                                                        Irene Doria évolue entre deux mondes artistiques ; la musique et l’image.    D’abord chanteuse et chef de chœur, elle aborde par la suite le saxophone et ses accents veloutés, avant que la photographie ne capte son attention jusqu’à prendre une place décisive dans sa vie d’artiste.
           L’Italie qui l’a vue naître lui instillera sans doute ce goût pour l’art qui, dans ce beau pays suinte  à  portée  de  regard où que l’on soit.  Pas  une  région,  pas  un lieu  où  ne s’expose un tableau,  une sculpture,  un monument  ou un paysage  propre à nous émouvoir.  Je ne pense jamais à l’Italie sans me remémorer cette phrase de Paul Morand dans ‘Venises’ ;     « … je me jetais sur l’Italie comme un adolescent sur un corps de femme, n’ayant pas vingt ans. »
C’est tout dire sur la puissance évocatrice de ce pays qui depuis toujours inspirera les poètes, les artistes, les âmes perméables à la beauté.
           Née à Milan, Irène Doria est riche de ce patrimoine culturel omniprésent dont son pays abonde  et  dont  elle  est   imprégnée ;    elle  pose  sur  le  monde   un  regard  bienveillant  et déterminé,   n’hésitant   jamais  à  explorer  une  voie  jusque-là  inconnue  et  qui  s’offre  à  sa curiosité.
    Du regard à la photographie il n’y a qu’un clic, qui lui ouvrira les portes d’un nouveau champ artistique  où  son talent  trouvera rapidement une nouvelle éloquence.  Dès lors, la volonté de figer  une  fraction  de temps par un  ‘instantané’,  cet arrêt sur image du cours de la vie que la photographie permet,  elle offrira à notre esprit l’illusion d’un instant d’éternité.  Un leurre sans doute, mais dont on peut jouir poétiquement, via la palette oculaire de l’artiste.
     Cette palette, Irene Doria va l’explorer dans le reflet irisé non pas d’un miroir, mais d’un plan d’eau,  d’un canal, d’une rivière ou d’une humble flaque que la pluie a laissé derrière elle et que le vent fait frémir.   L’eau est le vecteur de son inspiration,  médium indispensable  dans lequel elle capte ces images tremblées qui ne cessent de s’animer sous notre regard.
           Irene Doria ne photographie pas un sujet frontalement ; elle le capte par le détour de sa réflexion   aqueuse,   frémissante   d’un  vibrato  toujours  perceptible.   Paysages,  silhouettes éthérées,   maisons  lacustres  ou  abstractions  liquéfiées exsudent de ses eaux amniotiques pour  aboutir sous nos yeux en de poétiques visions qui invitent le spectateur à la rêverie.
           A l’évidente réalité d’une image, Irene Doria nous offre en opposition son envers chargé d’évocation suggestive.
      Eternel éphémère, pour toujours inversé dans une fragilité ténue que l’artiste a su saisir en triomphant des aléas du hasard.
           Dans un monde durement matérialiste, elle ouvre une fenêtre sur un univers sensible et instable  où  par  la  simple  grâce  d’un  reflet  fugace,  elle  amortit  la brutalité de notre envi -ronnement. L’éloquence de l’indicible face à un quotidien têtu et prosaïque.
    Irene Doria exploite un double paradoxe ; d’une part en contournant le sujet original pour lui préférer son chatoiement aquatique,  mais aussi sans trucage  puisqu’elle saisit le sujet voulu dans sa fulgurance, sans procédé autre que son œil de photographe.
     Sa créativité nous invite à ‘une lecture en miroir’ du monde qui nous entoure, explorant une réalité fuyante que ses clichés ont néanmoins saisis au vol dans leur vérité relative.
De l’antique ‘Camera obscura’ jusqu’à la photographie moderne, les artistes ont toujours tenté de fixer un sujet, d’abord servilement puis plus librement avec tous les effets possibles que propose la photo. 
  Si les peintres ont utilisé la photographie pour réaliser certaines de leurs œuvres, Irene Doria inverse le processus pour nous donner avec ses photos une nouvelle picturalité,  figurative ou abstraite avec ses anamorphoses aquatiques et dont la seule clé est notre regard. 

Jean Palermo,
Lyon, 10 Mars 2019.